Banderole confectionnée à l’occasion du colloque, affichée ici sur la façade d’un des bâtiments de Sciences Po Toulouse

Du 1er au 3 juillet 2025 s’est déroulé le colloque Inter-Atécopol « Réparer le futur ? Réflexions et expériences depuis l’écologie politique » dans les enceintes de Sciences Po Toulouse. Ayant pour objet le renforcement de l’articulation entre enjeux écologiques, sociaux et démocratiques dans le champ de la recherche, le collectif Horizon TERRE (HT) s’y est naturellement inséré pour partager ses réflexions, ses constats, et ses pistes d’action transformatrices. 

Des constats matinaux jusqu’aux solutions méridionales

HT incarne pleinement ce dialogue science/société, à la fois par la nature de ses travaux visant à faire de la recherche scientifique un bien commun, mais aussi par la diversité de ses membres. Lors de la journée du jeudi 3 juillet, HT a scindé la présentation de ses réflexions en deux temps : 

  • En fin de matinée (11h-12h30) : une table-ronde intitulée « Les politiques publiques de la recherche : un angle mort de la démocratie » 
  • En début d’après-midi (14h-15h30) : un atelier prenant la forme d’un arpentage collectif d’un projet recherche déposé à l’Agence nationale de la recherche (ANR) intitulé « Pour un gouvernement démocratique des sciences »

À travers ces deux travaux, que souhaitait mettre en évidence le collectif ? Pourquoi avoir retenu ces formes particulières de discussion ? Comment le plaidoyer a-t-il été perçu par les participant·es et a-t-il donné lieu à des propositions d’évolution ? Apportons un éclairage à ces interrogations avec un retour sur le contenu de cette journée. 

Un espace démocratique manquant à toutes les échelles de décision : le cas de la recherche 

À travers sa participation au colloque, le collectif a tenu à rappeler le constat fondateur qui anime son action au quotidien : aujourd’hui, la recherche scientifique se confond de plus en plus avec le désir de renforcer la compétitivité industrielle. Dès le premier atelier, tenu à partir de 11h, l’alarme a de nouveau retenti dès l’ouverture des interventions, soulignant que ce constat, loin d’être inédit, perdure même depuis plus de 20 ans. Il s’agit de la conséquence à long terme de politiques publiques ayant privé dans le même temps des pans entiers de la recherche de financements publics. 

On pourrait croire que le budget public de la recherche est modeste, tant il est rarement évoqué dans le débat public, dans les médias ou au Parlement. C’est là tout le paradoxe. Pour éclairer le public sur ce point — car même le personnel de recherche et les chercheur·ses disposent rarement d’une vision d’ensemble, tant le système est complexe —, le collectif a choisi de présenter cet enjeu à travers un exposé détaillé (voir le sommaire de l’intervention ci-dessous). 

Derrière ces quatre thèmes se dessinent deux instants de la réflexion : comprendre, agir.

Comprendre d’abord, comprendre que le budget public de la recherche représente environ 32 milliards d’euros / an en France et presque 100 milliards d’euros au sein du précédent cadre pluriannuel financier de l’UE (2021-2027), soit respectivement 7 % et 8 % du budget total. Comprendre que ces budgets favorisent des recherches menées par celleux qui les influencent, en premier lieu les représentant·es des intérêts industriels. Celleux-ci siègent dans l’ensemble des instances décisionnelles, y compris au sein du groupe d’expert·es mandaté par la Commission européenne pour produire un rapport d’analyse et de recommandations, où ils représentent à eux seuls un tiers des membres (voir extrait ci-dessous). 

Agir ensuite, agir pour contrebalancer des promesses non respectées, comme celle de la mise en place d’un « débat citoyen périodique sur les orientations prioritaires de la politique de recherche nationale », faite par la loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 (rapport annexé). Agir en prenant nous-mêmes la responsabilité évitée par le gouvernement de mettre en débat les choix scientifiques et techniques, par le biais d’une Convention citoyenne de programmation de recherche (dont le fonctionnement est résumé dans l’extrait ci-dessous). 

L’enjeu est de taille mais les ambitions sont atteignables, d’autant plus si le mouvement prend de l’ampleur et que ses propositions sont diffusées. À ce sujet, le collectif Horizon TERRE est confiant, et pour cause, la critique a été accueillie avec grâce. 

Et après ? Comment transformer ce bilan et ces propositions en actions concrètes ? 

Cela a été précisément l’objet de la dernière partie de l’exposé, où 4 pistes ont été dévoilées puis discutées : 

  1. Signer et diffuser la pétition du collectif visant à attribuer 10 % du budget de la recherche via des Conventions citoyennes. Un kit de communication a d’ailleurs été construit à cet effet. 
  2. Communiquer le sujet dans la presse, les médias, sur les réseaux sociaux, et s’inscrire en tant que relais pour le plaidoyer. 
  3. Saisir les parlementaires en leur présentant le contexte et les actions possibles à effectuer de leur côté (question écrite au gouvernement, amendement ou encore mission d’information). 
  4. Organiser et participer à des évènements physiques en y invitant les élu·es (locaux et/ou nationaux) et des journalistes scientifiques.

Ce premier atelier s’est conclu sur des engouements multiples à l’idée de participer au mouvement, et à des échanges ayant permis de nourrir le plaidoyer. 

Pour accéder à l’intégralité du diaporama, rendez-vous sur l’onglet « Documents-clés » du site web puis dans la partie « Présentation type Horizon TERRE », ou cliquez ici.

Accompagner l’action par la recherche pour nourrir le plaidoyer ? L’idée d’un « gouvernement démocratique des sciences ».

Les réflexions du matin ont semé des graines qui ont porté leurs fruits l’après-midi. Après un nécessaire bilan d’informations délivré par le collectif, la théorie a laissé place à la pratique, mais pas n’importe quelle pratique, la pratique de recherche. À travers sa nature de collectif, HT inspire ses pratiques de celles des membres qui le composent, et l’association Sciences Citoyennes en étant une actrice majeure, beaucoup de méthodes et de réflexions circulent entre les deux organisations. Il arrive d’ailleurs parfois que méthodes et réflexions se confondent, et c’est de cela dont il a été question l’après-midi du jeudi 3 juillet. 

En effet, une autre mesure phare compose le plaidoyer porté par HT, à savoir la promotion de la recherche participative comme moyen de construire les savoirs, un moyen qui mériterait d’obtenir davantage de financements publics (voir le point 2 du position paper publié à l’été 2024). Cette méthode veut que les représentant·es de la société civile (associations, syndicats, ONG, citoyen·nes) puissent participer à toutes les étapes d’un projet de recherche aux côtés de chercheur·ses. Plusieurs mois avant le lancement de cet atelier, l’association Sciences Citoyennes avait déposé un projet de recherche participative intitulé « Pour un gouvernement démocratique des sciences. Vers une Convention citoyenne de programmation de recherche ? » auprès de l’ANR et en partenariat avec plusieurs unités mixtes de recherche (UMR). 

Le document déposé, malheureusement refusé par l’ANR, visait à réfléchir à la co-construction d’un modèle plus démocratique de financement de la recherche publique, proposant en son sein la mise en place d’un modèle « pilote » prenant la forme d’une Convention citoyenne. Projet de recherche participative visant à élaborer une Convention citoyenne de programmation de recherche, il résume par sa méthode et son contenu le projet du collectif HT, et c’est pour cette raison qu’un arpentage collectif de ce dernier s’est révélé utile. 

L’atelier s’est déroulé de la façon suivante : après une introduction du contexte explicité plus haut, le groupe s’est scindé en 4 petits groupes chacun chargé d’étudier une partie du document. Ce travail a permis d’explorer plusieurs pistes intéressantes : 

  • Clarification du langage et des concepts : le vocabulaire et les codes de la recherche peuvent constituer une barrière à l’entrée pour les acteur·ices extérieur·es. Un travail de définition et de vulgarisation de certains termes (par exemple « tiers-veilleur ») renforcerait la lisibilité et la portée de la démarche de recherche participative.
  • Diversification des pistes de financement : le recours aux appels à projets de l’ANR, en raison de leur mode actuel de gouvernance, peut sembler difficilement compatible avec des projets qui en proposent une alternative. Une option complémentaire pourrait être explorée, comme le financement participatif. Celui-ci permettrait non seulement de diversifier les ressources, mais aussi d’exprimer l’intérêt citoyen pour le projet. Cela impliquerait toutefois d’adapter la projection budgétaire et les modalités de présentation.
  • Reconnaissance de la parole citoyenne : la question de la légitimité d’un panel citoyen à intervenir sur l’orientation de la recherche mérite d’être anticipée et explicitée. L’argumentation gagnerait à préciser en quoi cette légitimité repose sur la représentativité, l’ouverture du débat et la complémentarité avec les instances existantes.
  • Affirmation d’une posture constructive: le positionnement politique pourrait être davantage mis en valeur comme une proposition complémentaire, conçue pour enrichir et dialoguer avec les dispositifs actuels. 

En synthèse, les retours ont souligné l’importance de consolider l’argumentaire et d’adapter le langage pour mieux dialoguer avec les instances d’évaluation et les acteur·ices institutionnel·les.

À l’occasion de cette rencontre, le collectif Horizon TERRE a échangé avec des militant·es issu·es du monde de la recherche et de la société civile, animé·es par un réel espoir. Ce n’était ni la première intervention ni la dernière : ce type d’événement est doublement précieux, car il permet à la fois d’élargir le mouvement et de l’enrichir grâce à des échanges stimulants et à des débats rigoureux. Alors, si vous partagez cet intérêt et considérez ce combat essentiel, rejoignez-nous — et qui sait, vous aurez peut-être la chance de figurer sur la photo !

Les membres du collectif Horizon TERRE et leur public à l’issue de la table-ronde